Au cours des cinq dernières années, des groupes de santé, des pédiatres, des enseignants et des experts médicaux ont demandé au gouvernement fédéral d’interdire les arômes dans les produits de vapotage en vente libre afin de mettre fin à la crise du vapotage chez les jeunes. Les restrictions relatives aux arômes sont essentielles pour empêcher l’industrie du vapotage d’inciter les jeunes et les jeunes adultes à commencer à vapoter grâce à des arômes exotiques, amusants et alléchants. Santé Canada a réagi en déposant un projet de règlement en juin 2021, mais le gouvernement libéral a tergiversé pendant plus de trois ans et demi, jusqu’au déclenchement des élections actuelles, sans jamais l’adopter.
Il s’agit d’une victoire pour les industries du tabac et du vapotage, qui peuvent continuer à compter sur des saveurs pour attirer de nouvelles générations d’enfants, d’adolescents et d’autres non-fumeurs dans le piège débilitant de la dépendance à la nicotine.
C’est le gouvernement Trudeau qui, en 2018, a légalisé les produits de vapotage presque sans restriction. Sans surprise, le taux de vapotage chez les jeunes a grimpé en flèche peu de temps après.
Le problème du vapotage chez les jeunes Canadiens est réel, prolongé et persistant, avec des taux parmi les plus élevés au monde. En 2023, un tiers (31 %) des adolescents (de 15 à 19 ans) ont vapoté au cours du dernier mois. Les saveurs de vapotage, notamment les arômes sucrés, fruités et de menthe/menthol, demeurent le principal attrait pour les jeunes.
En inhalant les « nitrosamines, les composés carbonylés, les métaux lourds, les radicaux libres, les espèces réactives de l’oxygène, les particules » présents dans l’aérosol chauffé, les jeunes s’exposent également à de graves risques pour la santé, tels que l’asthme, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), les maladies bucco-dentaires et l’insuffisance cardiaque.
Tout comme les fumeurs, les jeunes vapoteurs deviennent rapidement dépendants à la nicotine, une substance nocive en soi qui peut provoquer de graves conséquences sur le développement du cerveau et des capacités cognitives.
Non seulement l’industrie engrange-t-elle des profits provenant des jeunes, mais le gouvernement fédéral perçoit la somme astronomique de 75 millions de dollars par an en taxes payées par les élèves du secondaire, soit deux fois plus que Santé Canada ne dépense pour toutes les activités visant à réduire le tabagisme ou le vapotage !
Le gouvernement Trudeau avait déclaré qu’il s’attaquerait au problème des produits aromatisés, mais les tergiversations de trois ministres en trois ans laissent penser que leur intention était seulement de donner l’impression qu’ils faisaient quelque chose.
La ministre des Dépendances Ya’ara Saks a été la dernière à faire de fausses promesses, affirmant à plusieurs reprises que la réglementation serait finalisée « bientôt ». Pendant ce temps, son cabinet a continué à rencontrer des représentants de l’industrie qui l’ont apparemment convaincue que restreindre les arômes provoquerait la contrebande. Une fois de plus, le gouvernement a succombé à la vieille astuce des cigarettiers qui consiste à utiliser le commerce illicite pour bloquer des mesures efficaces.
Or, le gros problème n’est pas le commerce illicite par des entités illégales, mais plutôt la vente de produits non conformes par des commerçants légaux. En fait, le gouvernement fédéral laisse des distributeurs et détaillants canadiens expédier des produits aromatisés dans des provinces comme le Québec et le Nouveau-Brunswick où ces produits sont pourtant interdits. Même le grossiste qui appartient au président de l’Association canadienne du vapotage fait affaire avec des détaillants qui vendent illégalement ses marques exclusives aux Québécois!
Une interdiction pancanadienne des saveurs protégerait tous les enfants canadiens, en éliminant — dans toutes les provinces — les produits de vapotage prémélangés, préremplis, jetables et à saveur de fruits qui sont si populaires auprès des jeunes.
L’industrie qui prétend vouloir aider les fumeurs à arrêter a laissé passer plus d’une décennie sans demander à Santé Canada de certifier ses produits en tant que thérapies de sevrage tabagique (ce qui les exempteraient des restrictions proposées par Santé Canada). Le fait que cette industrie de plus d’un milliard de dollars ne s’est pas limitée au marché thérapeutique en dit long sur ses véritables motifs.
C’est pourquoi nous chercherons dans les plateformes électorales des partis un engagement à interdire les saveurs dans les produits de vapotage en vente libre.
Les jeunes Canadiens méritent mieux que de voir l’État leur tourner le dos alors que leur santé, leur bien-être et leur liberté face à la dépendance sont sacrifiés au profit d’une industrie dont le modèle d’affaires se base sur la dépendance.
Flory Doucas, Coalition québécoise pour le contrôle du tabac
Cynthia Callard, Médecins pour un Canada sans fumée
Les Hagen, Action on Smoking & Health (ASH Canada)

