Patrick Hardy, 42 ans, est un porte-parole bien connu sur l’autisme, grâce à une série de livres intitulée Mon ami Sam, qui présente les différents obstacles auxquels les enfants, diagnostiqués avec l’autisme, sont confrontés chaque jour. C’est son fils Samuel, maintenant âgé de 11 ans, qui sert de source d’inspiration pour cette série.
Ces livres, destinés à un jeune public, ont beaucoup aidé à sensibiliser les gens à quoi ressemble la vie quotidienne pour les enfants atteints d’un trouble du spectre de l’autisme. Patrick souhaite que ses livres aident également à réduire les cas d’intimidation envers les jeunes autistes. Cette série de livres en français compte maintenant trois titres – d’autres livres vont bientôt s’ajouter. Les livres ont été vendus au Canada et à l’étranger et ont été traduits en anglais ainsi que dans d’autres langues, comme le Vietnamien. Une histoire à succès toute à faite inspirante pour cette belle équipe père et fils!

Peu de gens savent toutefois que cet auteur, illustrateur et artiste prolifique a un autre accomplissement personnel dont il est bien fier: il est non-fumeur depuis 11 ans. Tout comme avec sa série de livres, c’est grâce à son fils, Samuel, qu’il a trouvé une nouvelle passion : la vie sans tabac! Contacté par la CATNB, Patrick était bien enthousiaste de parler de son cheminement.
« J’ai commencé à fumer des cigarettes à l’âge de 19 ans », raconte-t-il. «Je faisais du pouce à travers le Canada et j’ai commencé à fumer pour passer le temps. J’étais jeune et je n’avais pas beaucoup d’argent, alors je ne pouvais même pas me permettre de vraies cigarettes. J’achetais du tabac et je roulais mes propres cigarettes. »
Fumer quelques cigarettes ici et là pour passer le temps sur la route a mené à une très forte dépendance à la nicotine.
« Lorsque je suis rentré chez moi à Montréal, j’étais officiellement devenu un fumeur. Je fumais un paquet par jour, et ensuite deux paquets par jour. Cela a continué pendant toute ma vingtaine et le début de ma trentaine. »
Patrick déménagea éventuellement à Moncton, au Nouveau-Brunswick, pour être avec sa future femme, Diane, qui avait grandi dans la région. En 2006, ils ont accueilli leur fils, Samuel.
« Je ne savais pas qu’il était possible d’aimer quelqu’un autant. Bien entendu, je ne voulais pas fumer autour de mon fils et je ne l’ai pas fait, mais j’ai commencé à avoir peur en réfléchissant à son avenir. Je ne voulais pas manquer les grands moments de sa vie. Si je ne cessais pas de fumer, il y aurait de fortes chances que je ne serais pas là pour le voir obtenir son diplôme de l’école secondaire ou bien assister à son mariage et plus tard, connaître mes futurs petits-enfants. »
Patrick essaya donc d’arrêter de fumer à quelques reprises au cours de la première année d’existence de son fils, en cessant tout d’un coup, mais c’était très dur. Il a lutté contre la dépression, avait peu d’énergie et avait bien de la difficulté à compléter sa routine quotidienne. La dépendance était bien trop ancrée.
« Cesser tout d’un coup n’était pas la bonne approche pour moi, alors finalement, je me suis rendu compte que j’avais besoin d’essayer une approche différente, plus en douceur. J’ai commencé à réduire tout simplement ma consommation de tabac, tout en gérant mes envies de fumer avec des timbres de nicotine. Mon petit garçon avait maintenant un an. Après l’avoir vu grandir et changer tellement au cours de cette première année, j’avais l’impression que le temps passait trop vite. J’étais de plus en plus motivé à réussir dans ma tentative de cesser de fumer parce que je voulais m’assurer que je ne manquerais pas les grands moments de sa vie. J’ai également trouvé de nouvelles stratégies pour me distraire. Chaque fois que j’avais envie de fumer, au lieu de prendre une cigarette, je jouais avec mon fils ou bien je dessinais et travaillais sur mes illustrations quand il était couché. »
Un jour s’est écoulé, puis deux jours, et ensuite, une semaine. Les semaines se sont transformées en mois. Patrick finit par cesser de fumer.
« Environ un mois après que vous avez cessé de fumer, vous commencez à pouvoir sentir à nouveau l’odeur du tabac. Ça pue et s’est répugnant. L’odeur était encore perceptible sur certains de mes vêtements. J’avais tellement honte de cette odeur. Je ne veux plus jamais avoir cette odeur sur moi! »
« Aujourd’hui, je ne pense même pas aux cigarettes. Pas du tout! »
Quoique la passion de Patrick envers les arts l’offrait un moyen de se distraire quand il avait envie de fumer, il admet que cette même passion a peut-être contribué à renforcer son habitude malsaine de fumer quand il était plus jeune. « C’est vraiment tentant de fumer dans le monde des arts. Nous connaissons tous le stéréotype de l’artiste tourmenté qui traîne sa cigarette partout avec lui. J’ai étudié les arts visuels au collège et, à cette époque, nous pouvions fumer dans la salle de classe. J’étais tellement accro, que je me souviens même à un moment donné avoir utilisé des mégots de cigarette dans mes tableaux! Je trouvais que cela leur donnait une texture intéressante.»
Bien entendu, Samuel, le fils de Patrick, a aidé son père non seulement à vivre de façon plus saine sans tabac, mais il a aussi servi de source d’inspiration pour son projet de livre visant à sensibiliser les gens sur les différents spectres de l’autisme.
« Mon fils est atteint d’un trouble du spectre autistique de niveau 1; c’est le moins sévère des 7 niveaux. Il est un enfant assez typique, mais il vit des défis quotidiens. Les comportements sociaux comme montrer de l’affection et jouer avec d’autres enfants ne sont pas naturels pour Samuel. Nous avons dû lui enseigner ces comportements ainsi que beaucoup d’autres comportements normaux que nous attendons des gens de la société. Il a un aide-enseignant avec lui à l’école. Nous sommes très fiers de lui et de ses réussites. Mais je me souviens quand il a été diagnostiqué pour la première fois. Il avait trois ans. Je n’étais pas sûr de ce que l’avenir allait nous réserver ni de la façon dont je pourrais me rapprocher de mon fils pour avoir une relation père/fils avec lui tel que j’avais envisagé. Il y avait vraiment un manque d’informations sur les aspects de la vie quotidienne des gens autistes. Nous avons dû en apprendre beaucoup sur le tas. »
« J’ai bientôt découvert que mon fils est très créatif et s’intéresse à l’art. La série de livres nous a aidé à nous rapprocher énormément. Il m’aide avec les illustrations. C’est un projet sur lequel nous collaborons. Par exemple, dans le troisième livre, il m’a aidé à colorer les dessins. Il a également signé son nom. C’est une joie d’avoir ce projet spécial avec lui. Il est très enthousiaste à ce sujet. »

La prévalence du Trouble du spectre de l’autisme est à la hausse partout dans le monde. Patrick espère que sa série de livre pourra mieux outiller les générations à venir. « Il y a encore beaucoup de choses à en apprendre sur l’autisme et il y a malheureusement encore beaucoup de désinformation à ce sujet. Les livres sensibilisent non seulement les enfants quant aux maintes subtilités de l’autisme, mais aussi les parents qui en font la lecture avec leurs enfants. »
Patrick est très reconnaissant du fait que son fils a pu grandir dans un foyer sans fumée. « Tout enfant ayant des besoins spéciaux demande beaucoup d’énergie de ses parents. J’ai maintenant beaucoup plus d’énergie que lorsque j’étais fumeur. J’avais l’habitude de perdre le souffle en ne montant que quelques marches d’escalier! De plus, j’ai remarqué que je suis malade moins souvent, c’est comme si mon système immunitaire s’est amélioré. Parce que je ne fume pas, je peux être beaucoup plus présent avec mon fils; j’ai de l’énergie et je suis en santé. Je peux mieux l’aider à surmonter ses petits défis quotidiens. »
« J’ai l’impression que si vous choisissez de fumer, chaque cigarette que vous fumez est un clou de plus que vous ajoutez à votre cercueil », conclut Patrick. « J’adore mon fils. Je veux être là quand il vieillit. »
Bravo Patrick! Samuel et toi êtes vraiment inspirants!
En savoir plus sur la série de livres Mon ami Sam: http://myfriendsam.ca/?lang=fr
En savoir plus sur les oeuvres d’art et le travail en conception graphique de Patrick: http://www.artbypatrick.ca/fr/
Histoire et photos utilisées avec la permission de Patrick Hardy.
Publié – juillet 2017
Par Nathalie Landry – Coordonnatrice des communications de la CATNB

